C’est un tournant discret mais réel pour l’alternance. Selon la note flash du Sies, le service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur, publiée mi-octobre, le nombre d’apprentis du supérieur a reculé en 2025. Une première depuis le début des données disponibles, en 2012. Pour les candidats à l’alternance, la donne change : les places se font plus rares dans certaines filières, et la préparation des candidatures compte plus que jamais.
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628 500 apprentis dans le supérieur : la courbe s’inverse #
Les chiffres publiés par le Sies dans sa note flash d’octobre 2026 sont sans ambiguïté : 628 500 étudiants suivaient une formation du supérieur en apprentissage en 2025, contre 657 800 un an plus tôt. Soit une baisse de 4 % entre 2024 et 2025, alors que les effectifs progressaient encore de 3 % l’année précédente.
Le contraste avec la décennie écoulée est saisissant. Porté par les aides à l’embauche créées en 2020, l’apprentissage dans le supérieur avait triplé entre 2019 et 2024, jusqu’à devenir une voie d’accès ordinaire aux diplômes bac+2 à bac+5. Le ralentissement amorcé en 2024 dans certaines filières s’est généralisé à la rentrée 2025.
BTS et licences professionnelles en première ligne #
Toutes les formations ne sont pas logées à la même enseigne. D’après le détail relayé par L’Étudiant, les BTS enregistrent un recul de 8 % de leurs effectifs d’apprentis : ils ne représentent plus que 44 % des étudiants de la filière, contre 46 % en 2024. Les licences professionnelles décrochent davantage encore, avec une baisse proche de 10 % ; la part d’apprentis y est passée de 68 % en 2022 à 59 % en 2025.
À l’inverse, les masters et les diplômes d’ingénieurs continuent de progresser. Les BUT et les écoles de commerce limitent la casse, avec des baisses moins marquées. Autrement dit, le repli frappe d’abord les formations courtes et professionnalisantes, celles-là mêmes qui avaient le plus bénéficié de l’envolée des années 2020-2024.
Pourquoi les entreprises lèvent le pied #
La cause principale est connue : l’argent public se fait plus rare. Les aides à l’embauche d’un apprenti, instaurées pendant la crise sanitaire, ont été réduites par étapes depuis début 2025, puis recentrées sur certaines entreprises et certains niveaux de formation. S’y ajoute une contribution demandée aux employeurs pour financer la formation des apprentis qui préparent un diplôme de niveau bac+3 ou plus.
Résultat : pour une petite entreprise, recruter un alternant en BTS ou en licence professionnelle coûte sensiblement plus cher qu’il y a deux ans. Beaucoup arbitrent, retardent leur recrutement ou réservent leurs contrats aux profils les plus immédiatement opérationnels.
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L’Étudiant souligne une conséquence sociale de ce reflux : les étudiants issus de familles modestes sont les plus exposés, car l’apprentissage leur permettait à la fois d’être rémunérés et d’échapper aux frais d’inscription.
Candidats à l’alternance : comment s’adapter en 2027 #
Ce retournement ne signifie pas la fin de l’alternance, mais il impose de revoir sa stratégie de recherche.
Commencer tôt, viser large
Quand les contrats se raréfient, les premiers arrivés sont les mieux servis. Les recruteurs qui conservent un budget alternance bouclent leurs recrutements de plus en plus tôt dans l’année. Démarrer ses candidatures dès janvier-février pour une rentrée en septembre devient la norme, en particulier en BTS et en licence professionnelle, là où la concurrence entre candidats s’intensifie.
Soigner le dossier comme pour un vrai emploi
L’époque où l’employeur signait « parce que l’aide couvrait l’essentiel du salaire » se referme. Un contrat d’apprentissage redevient un investissement que l’entreprise doit justifier. CV ciblé, lettre qui parle des besoins de l’employeur plutôt que du cursus, préparation sérieuse de l’entretien : les codes de la recherche d’emploi classique s’appliquent désormais pleinement à l’alternance.
Regarder où la dynamique reste positive
Les effectifs d’apprentis progressent encore en master et en école d’ingénieurs. Pour les étudiants qui hésitent entre s’arrêter à bac+3 ou poursuivre, la perspective de décrocher plus facilement un contrat en poursuivant ses études peut peser dans la balance. Les secteurs en tension, eux, continuent de recruter des alternants faute de candidats.
Un signal à suivre pour le marché de l’emploi des jeunes #
L’apprentissage a été, ces cinq dernières années, la grande porte d’entrée des jeunes sur le marché du travail. Son premier recul depuis que la statistique existe mérite donc d’être suivi de près : si la tendance se confirmait en 2026, c’est tout l’équilibre de l’insertion professionnelle des 18-25 ans qui s’en trouverait modifié. Les prochaines publications du Sies et les arbitrages budgétaires en cours diront si 2025 restera une simple correction après des années d’euphorie, ou le début d’une décrue durable.




